Le jour où le pervers narcissique commence à vous détruire

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Dans ce billet, je me suis fondée sur mon vécu de femme en couple avec un PN et sur le vécu d’autres femmes qui ont connu une histoire similaire. Cela dit, les personnes perverses narcissiques, tout comme leurs victimes, peuvent aussi bien être des femmes que des hommes. et, comme dans tous les billets, le masculin englobe le féminin, et vice versa.

Le jour où le PN vous rencontre, c’est sans contredit son jour de chance. Dans sa tête, il vient de remporter le gros lot.

Après votre premier rendez-vous, il s’en retourne chez lui en sifflotant, en chantonnant, en se « pétant les bretelles », et en n’oubliant surtout pas de se donner une petite tape sur l’épaule pour se féliciter d’avoir remporté haut la main le prix de la meilleure interprétation masculine dans la catégorie long métrage de fiction. Et je dis « long métrage » parce que, vous ne l’avez peut-être jamais réalisé, mais en y réfléchissant bien, c’est fort probablement la plus longue discussion que ayez jamais eue avec votre PN – du moins la plus longue durant laquelle il a dirigé son attention sur vous et a accordé de l’importance à ce que vous disiez. Oh, il y a sûrement eu quelques beaux échanges par la suite, mais c’est comme la durée d’ensoleillement à l’automne : on perd quelques minutes par jour sans trop s’en rendre compte, pour réaliser soudainement un dimanche que la noirceur est déjà bien installée à 16 h.

Parce que le PN, dès la première rencontre, il a décelé que vous étiez une personne empathique, sensible, généreuse, déterminée, ambitieuse et persévérante, et il a saisi que vous ne le laisseriez pas tomber à sa première bêtise. Il a tout de suite su qu’il serait capable de vous séduire, de toucher vos cordes sensibles et de vous amener à prendre soin de lui, à lui accorder plus d’importance qu’à vous-même et à vous démener comme un diable dans l’eau bénite pour essayer de le sauver, quoi qu’il arrive et quoi qu’il fasse. Il a joué son rôle à la perfection : il a dit ce que vous vouliez entendre, il a saisi vos besoins et y a répondu, il a capté vos rêves et vous les a fait miroiter, il s’est montré attendrissant et vulnérable en relatant un chapitre difficile de sa vie qu’il n’a « jamais osé révéler à personne », pour ensuite se montrer vif et vaillant en vous concoctant un souper digne d’un grand chef et en assemblant en un temps record vos meubles IKEA que vous vous étiez finalement résignées à laisser dans la boîte.

Physiquement, c’est aussi souvent une connexion instantanée. C’est exactement comme si vous étiez deux morceaux d’un puzzle qui s’imbriquent l’un dans l’autre. C’est un bien-être que vous avez ressenti si peu de fois dans votre vie, ou que vous n’avez peut-être jamais ressenti. C’est inexplicable, mais vous vous sentez enfin apaisée, libérée, heureuse.

Ce que vous ne saviez pas à ce moment, c’est que le pervers narcissique, il ne donne jamais, sauf au début, où il vous fait sentir comme une reine. Mais le pire dans tout ça, c’est que vous ne cherchiez fort probablement aucun royaume sur lequel régner. Vous ne cherchiez pas l’homme qui assemblerait vos meubles IKEA plus vite que l’éclair, qui vous cuisinerait un coq au vin digne d’un resto étoilé et qui vous épaterait par ses prouesses dignes d’un noble chevalier. Simplement quelqu’un de franc et de sincère, c’aurait déjà été un bon départ je parie.

Et le PN, ce qu’il va faire aussi en un temps record, c’est s’inscruster dans votre vie. Trois jours après votre rencontre, il va avoir pris le contrôle de la manette de votre téléviseur; deux semaines après, il va avoir réussi à vous faire libérer une partie de votre walk-in; trois semaines après, il va se rendre à son travail au volant de votre voiture sans en avoir demandé les clés; et deux mois après, il va vous faire la grande demande, soit à genoux s’il sent vraiment le besoin de mettre le paquet, mais sinon entre deux bouchées de pain. À ce moment, vous l’aurez déjà présenté à votre famille et à vos amis, qui l’auront trouvé absolument charmant, et il aura déjà pris sa place à table à côté de vos enfants, qui seront profondément soulagés que maman soit enfin heureuse.

Tout est beau, tout est magnifique et, très vite, vous ne pouvez vous passer de lui, et vous jureriez que c’est un sentiment partagé.

Eh bien voilà, il ne faut pas chercher plus loin : votre PN a accompli ce qu’il avait à accomplir dans la phase 1 de son projet. Il a déployé beaucoup d’efforts, il est fatigué et il ne peut plus soutenir ce rythme. Et à quoi bon s’épuiser de toute manière puisque vous, et tout votre entourage, mangez déjà dans sa main. Il peut maintenant passer à la phase 2, qui lui demandera beaucoup moins d’efforts, et même très peu, puisqu’elle s’articulera autour d’un seul axe : être lui-même.

« Vous m’avez monté un beau grand bateau. Vous m’avez fait de bien grandes vagues. »  Ces paroles de Gerry Boulet, je les ai entendues il y a bien des années déjà, mais ce n’est que plus récemment qu’elles ont pris tout leur sens. Et je ne mentirai pas : elles provoquent chez moi, au moment où j’écris ces lignes, davantage de tristesse que de colère, davantage de chagrin que d’amertume.

Parce que rien n’est plus douloureux que de réaliser un jour que la pièce du puzzle, non seulement on ne l’avait pas trouvée, mais qu’elle ne s’était jamais trouvée dans la boîte.

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